Persistance rétinienne

Nous sommes en 1841,  le peintre américain John Goffe Rand s’apprête à déposer un brevet pour une invention, qui va révolutionner l’histoire de la peinture. Et plus particulièrement celle de l’impressionnisme. C’est l’invention du tube de peinture souple compactable, autrement dit, de la couleur en tube. Grâce à elle, il est désormais possible de peindre en plein air.

Claude Monet (1840-1926) Coquelicots 1873 Huile sur toile H. 50 ; L. 65 cm © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Claude Monet (1840-1926)-Coquelicots-1873-Huile sur toile-H. 50 ; L. 65 cm-© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

C’est justement ce que Monet aime faire! Il aime la nature. C’est même son sujet principal. Regardez cette toile. C’est l’une des deux cent quarante œuvre qu’il a produite durant son séjour à Argenteuil de 1872 à 1878 et aussi l’une des plus célèbre. C’est un paysage de nature paisible, calme et léger avec des personnages qui se promènent. On dirait que les fleurs se balancent dans le champs, que tout le paysage est animé. Les petites touches de peintures ainsi que le contraste des couleurs permettent un rendu en mouvement subtile. Ce qui intéresse Monet, c’est le mouvement perpétuelle de la nature; ce que notre œil perçoit à un moment donné et qui, une seconde plus tard, s’est déjà modifié. Son but: réussir à saisir ces impressions furtives. “L’impressionnisme voit et rend la nature telle qu’elle est, c’est à dire uniquement en vibrations colorées“, écrit Jule Laforgue, dans L’Art impressionniste.

Meules de foin (Fin de l'été), 1890-91 (190 Kb); Huile sur toile, 60 x 100 cm (23 8/5 x 39 8/3 po), l'Art Institute of Chicago.jpg

Meules de foin (Fin de l’été), 1890-91 (190 Kb); Huile sur toile, 60 x 100 cm (23 8/5 x 39 8/3 po), l’Art Institute of Chicago.jpg

Monet est un acharné. Il réalise vingt cinq toiles de meules, vingt quatre de peupliers, et des séries de cathédrales, de ponts japonais, de glycines…

Claude MONET, Cathédrale de Rouen, série 1890-1894

Claude MONET, Cathédrale de Rouen, série 1890-1894

Son crédo, retransmettre une vision et non l’exactitude d’une forme. Son rêve, redevenir un enfant qui peindrait le monde, juste après avoir ouvert les yeux, sans savoir ce qu’il regarde. Selon l’ophtalmologiste Yves Pouliquen, Monet avait l’œil capable de découper l’image en toutes ses composantes physiques, à en extraire séparément les couleurs, les contrastes, les mouvements. Il peint aussi vite que son œil capte. Pour son ami Georges Clemenceau, Monet est un “phénomène rétinien”. Pour le docteur Lanthony, à Paris, Monet peint exactement comme l’être humain voit. L’œil détermine les formes, la couleur, la situation spatiale d’un objet, à partir de la quantité de lumière reçut par la rétine, qui élabore ainsi des codes, qui sont transmis au cerveau, qui les traduit en sensations. Et ces justement ces sensations que Monet veut restituer. Il veut peindre un monde où il ne percevrait que des lignes, des formes et des couleurs. Et c’est ainsi qu’à la fin de sa vie, il fera disparaître le motif de sa peinture ouvrant ainsi la voie à l’art abstrait.

Claude Monet, «Waterloo Bridge», soleil dans le brouillard, 1903. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Claude Monet, «Waterloo Bridge», soleil dans le brouillard, 1903. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

“Le motif est pour moi, chose secondaire; ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi”, disait-il.

Claude Monet devant Les Nymphéas, dans son jardin à Giverny.

Claude Monet devant Les Nymphéas, dans son jardin à Giverny.