Pantone, grand manitou des couleurs

On le sait, la couleur est une notion culturelle. Elle n’existe que s’il y a de la lumière, un objet sur lequel elle va se poser, et un œil qui regarde. Mais ce regard est rarement objectif, et nos codes culturels nous invitent à percevoir les couleurs à travers différents filtres. Ainsi la religion a longtemps guidé nos choix chromatiques.

Aujourd’hui, c’est chez Pantone que tout ce décide. Simple imprimerie en 1950, connue pour son nuancier, l’entreprise est désormais LA référence en termes de couleurs, à la fois dans le monde graphique et dans la mode.

Pantone, propose deux fois par an,  dix couleurs de saison avec deux couleurs phares, compilées par saison et genres et déterminée à partir de divers événements et indices ayant lieu dans le monde, dans un recueil (le Pantone View Annuel) vendu pour la modique somme de 750$.

Les couleurs deviennent des chiffres et sont uniformisées dans le but d’être déclinés sur une infinité de supports, sans craindre de variations de tons d’un pays ou d’un objet à l’autre. Le « Pantone Matching System » (PMS) aux multiples teintes permet aux industries de s’assurer une production standardisée, autour d’un langage chromatique universel. On ne dit plus fushia, mais PMS 213.

Ainsi on retrouvera cet automne le Marsala, Pantone 18-1438, teinte déposée, et couleur de l’année 2015, sur des manteaux, des sacs, des montres. Merci Pantone.

Les couleurs choisies au fil des années:

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Autrefois les tons étaient définis soit par les matières premières soit par la religion. De l’antiquité pré-Romaine jusqu’au début du Moyen-Âge, soit durant plusieurs siècles, la seule teinture utilisée était le rouge. On trouvait bien sûr du blanc (synonyme de pureté), et du noir (ou toute variance de teinte sombre), mais le blanc était non-teint ou blanchi, tandis que le noir était tout simplement le signe d’un vêtement sale. Le bleu est alors inexistant ou très rare parce que très cher. L’Indigo est importé des Indes et sa couleur est instable.

Mais à l’époque du rouge tout puissant, le bleu est surtout déprécié: c’est la couleur des barbares, des excentriques, du deuil. Les femmes aux yeux bleus sont d’ailleurs synonymes de peu de vertu. Le bleu est la couleur la moins portée à l’époque, alors qu’il est aujourd’hui la couleur préférée des Français…

Plus tard, au milieu du XIVe siècle, le bleu fera enfin son coming-out en détrônant le rouge, avec le bleu marial porté par la sainte Vierge. L’introduction du bleu et autres teintes dans les églises lance des débats profonds pour savoir si la couleur est lumière et donc émanation divine, ou simple enveloppe matérielle dont il faut s’écarter.

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