L’homme qui marche

1947, dans son atelier exigu de 22 m2, à Paris, un artiste sculpte sans relâche jour et nuit. Il est sur le point de trouver le style qui va le rendre célèbre. Mais Alberto Giacometti n’est pas du genre à se satisfaire de la première ébauche. Pour lui, chaque œuvre est un échec, un prétexte pour recommencer encore et toujours. En costume cravate, d’une élégance plutôt modeste, son art est centré sur l’être humain. Giacometti est préoccupé dans ses sculptures et peintures par la figure humaine, dont il développe une image bien à lui, qui va être immédiatement identifiable avec un style très particulier.

Alberto Giacometti au travail

On est au sortir de la guerre, de l’horreur des camps de concentration, et l’artiste à en tête l’image des corps décharnés, des silhouettes fragiles mais bien vivante qui reviennent de l’enfer.

Il crée L’Homme au doigt, Le Nez, Tête sur tige.

L’Homme au doigt-Alberto Giacometti-dimensions:1,79 m x 1,03 m x 42 cm
-1947-Bronze

Alberto Giacometti, Le Nez, 1948, version de 1949, Bronze, 0/6, Fondation Giacometti, Paris, inv. 1994-0017, AGD 285, © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2013

Tête sur tige, 1947 Plâtre, 54 x 15 x 15 cm avec tige (tête seule : 15 x 5 x 19 cm) Coll. Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris FAAG, 1994-0440 © Adagp, Paris 2007

Il modèle des personnages en plâtre qu’il envoie à la fonderie d’art Susse qui les coulent dans le bronze. De plus en plus allongés, filiformes, nus, ils s’apparentent à des ombres fragiles et en même temps au regard déterminé et solidement encré dans leur socle. La matière est creusée, entaillée comme torturée par l’espace.

Sartre à propos de Giacometti :
“en pétrifiant le plâtre, il crée le vide à partir du plein”
“l’artiste existentialiste par excellence”

A ce moment là, il est loin d’imaginer qu’il est entrain de créer des œuvres qui atteindront 60 ans plus tard, des prix record lors de ventes aux enchères.

Alberto Giacometti 1960-Photo,Annette Giacometti-Succession Giacometti Fondation Giacometti-ADAGP-Paris-2015

Dans les années cinquante, la notoriété de Giacometti est indéniable, sa production artistique est présente dans de nombreuses institutions, à New York, Londres, Berlin… Il obtient de nombreux prix.

En 1959, pour la réalisation d’un monument pour une place New-yorkaise, devant la Chase Manhattan Bank, Rockefeller lui passe commande. Seulement Giacometti ne s’est jamais rendu à New-York est à du mal à envisager les proportions. Gordon Bunshaft, l’architecte de cet ensemble urbain, lui envoie les dimensions pour exécuter une maquette de la place, afin d’aider Giacometti à visualiser l’espace. Il va alors réaliser en grande taille les trois motifs qui habite son œuvre depuis 1948 et imagine pour ce projet, un grand “homme qui marche”, une grande “femme debout” et une “tête” sur socle qui résument alors toutes ses recherches.

Projet pour la Chase Manhattan Plaza, 1959
Bronze doré
Fonte 1969, 0/6
Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris, inv. 1994-0215
© Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris)

On ne sait pas très bien pourquoi l’artiste renoncera finalement au projet et présentera en 1962 une première version de son travail à la Biennale de Venise où il recevra le grand prix de la sculpture.

Un personnage se démarque de ce monument, c’est “l’Homme qui marche“. Il mesure 1m89. Il est fort et fragile à la fois. Il semble en mouvement mais ses pieds disproportionnés sont bien encrés à leur socle. Giacometti nous montre ainsi, combien notre démarche pour avancer dans la connaissance, est difficile et entravée par des contingences matérielles. Il dit aussi qu’il faut “s’arracher”à la glaise de la matérialité du corps pour que l’esprit progresse. C’est le symbole du chemin à accomplir dans une vie. l’expression bouleversante d’une existence. Cette silhouette semble avancer avec détermination vers son destin. elle est la métaphore de l’homme et de ses aspirations spirituelles. Il en existe trois versions, ils n’ont pas le buste incliné de la même façon et leur hauteur varie. Chacune de deux premières versions a été reproduite en bronze (10 exemplaires originaux de L’Homme qui marche I, et 9 de L’Homme qui marche II) en revanche la troisième n’a jamais été moulée.

Le 3 février 2010 chez Sotheby’s à Londres, son prix grimpe à 104 million de dollars devenant ainsi la sculpture la plus chère au monde. Depuis L’Homme au doigt estimé à 130 millions de dollars en 2015 et dont il n’existe que six moulages au monde,  a été adjugé en trois minutes à 141,28 millions de dollars. Il a ainsi battu son précédent record avec “L’homme qui marche I”.

L’Homme qui marche I, 1960
Bronze
Ex. Fondation Maeght
© Succession Alberto Giacometti
(Fondation Alberto et Annette Giacometti
+ ADAGP) Paris 2017

Aujourd’hui, Alberto Giacometti est décédé mais vous pouvez toujours observer les trois versions de “L’homme qui marche”, une à Saint-Paul-de-Vence à la fondation Maeght, les deux autres à Paris à la fondation Giacometti et la fondation de l’Unesco.

“Je suis peut-être pas du tout sculpteur, en fait je n’ai encore rien compris, donc je suis obligé d’insister” Giacometti (1963)

 

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