La chèvre de Monsieur Rauschenberg

“Je m’étonne qu’il puisse vendre de pareilles merdes” scandait son père.

Robert Rauschenberg-Monogram-1955-59-Moderna Museet-Stockholm

Robert Rauschenberg-Monogram-1955-59-Moderna Museet-Stockholm

Hé bien voilà qui est dit, mais encore… Heureusement, la beauté d’une œuvre ne se résume pas à son apparence et sa fonction va bien au delà de celle de bien présenter dans un salon.

Mais revenons à nos moutons ou plutôt à notre chèvre. C’est en fait un collage tridimensionnel, ou en 3D pour faire simple. Son titre: Monogram. Comme on peut le voir, c’est une chèvre empaillée avec le museau couvert de peinture, encerclée d’un pneu, le tout monté sur une plaque où l’artiste mélange collage de papiers journaux, textile, bois et peinture.

Pour bien comprendre l’œuvre, il faut la replacer dans son contexte. Bien sur, en entendant la description du tableau/sculpture en fait appelé aussi “Combine” par l’artiste, on peut se demander où il veut en venir. Es-ce vraiment sérieux?

Voici d’autres de ces “Combine Painting“:

Robert Rauschenberg « Satellite », 1955 Whitney Museum of American Art, New York

Robert Rauschenberg
« Satellite », 1955
Whitney Museum of American Art, New York

Robert Rauschenberg: "Canyon", 1959

Robert Rauschenberg: “Canyon”, 1959

Il faut savoir que pour l’époque, c’est totalement novateur. Il associe différents matériaux et techniques, réunit ici le monde naturel et le monde industriel et plusieurs mouvements artistiques (surréaliste, néodada).  On peut dire qu’il est le digne héritier spirituel de Marcel Duchamp. Un peu comme son ami Wharol il introduit dans ces tableaux des symboles de la société de consommation américaine mais va bien plus loin. Précurseur incontesté du Pop Art, Rauschenberg brouille les frontières entre les formes artistiques. En réalité, c’est un touche à tout de génie, un expérimentateur infatigable, avec lui l’espace de création ne se limite plus au cadre de la toile.

Il conteste l’art traditionnel (en 1950 on est dans l’expressionnisme abstrait ou action painting) . « Je ne veux pas qu’un tableau ressemble à quelque chose qu’il n’est pas. Je veux qu’il ressemble à ce qu’il est. Et je pense qu’un tableau est plus proche du monde réel quand il est réalisé avec des éléments du monde réel »

Mais il n’a pas toujours dit ça! Alors qu’il vient à peine de finir ses études, il va par exemple, explorer les limites de l’art en créant les “White Paintings“. “Rauschenberg dit avoir voulu interroger à quel point on peut pousser les limites du vide, et tout de même permettre à une toile de conserver un sens.”

Robert Rauschenberg-white painting-1951

Robert Rauschenberg-white painting-1951

Les White Paintings ont progressivement obtenu une place dans l’histoire de l’art en tant que précurseurs importants du Minimalisme et Conceptualisme.

Puis viendra les “Black paintings” qui sont elles peintes avec beaucoup de texture qui, comme le fera Soulage beaucoup plus tard, capturent ou révèlent la lumière.

Rauschenberg-black-painting-1951

Rauschenberg-black-painting-1951

Puis une troisième série de monochrome viendra marquer une évolution vers la combinaison, le type d’œuvre qui deviendra caractéristique de l’artiste. Les “Red paintings“, 1953-54.

Rauschenberg-red-painting-1954

Rauschenberg-red-painting-1954

 

Il introduit dans l’art des objets identifiables par tous comme des BMW customisées.

Robert Rauschenberg-BMW 635CSi-1986

Robert Rauschenberg-BMW 635CSi-1986

Il participe à l’élaboration de spectacles de théâtre et de danse avec ses amis Merce Cunningham et John Cage et collabore avec des écrivains tels que Alain Robbe-Grillet ou William Burroughs. D’autres projets d’ordre scientifique, artistique et humain «Experiments in Art and Technology» ou «Rauschenberg Overseas Culture Interchange» (ROCI) permettront de mettre en place une collaboration internationale entre chercheurs, artistes et artisans du monde entier”.

En 1961, à Paris, face au public, il réalise un tableau en direct: First Time Painting. Personne ne voit ce qu’il fait, seul un micro, fixé sur la toile, laisse entendre le son de l’artiste en train de créer. Vingt minute plus tard, la sonnerie d’un réveil intégré à l’œuvre retentit. L’artiste se lève et quitte la scène, emportant son tableau. Rauschenberg vient d’inventer la performance, ou le happening, un mode d’expression spontané dont le support de création n’est plus la toile, mais l’environnement lui-même.

Robert Rauschenberg

Robert Rauschenberg

On peut dire que Robert Rauschenberg est à l’origine de plusieurs mouvement. Il est inclassable.

Aujourd’hui (et sans doute grâce à lui) existe le mot plasticien, c’est-à-dire un artiste qui utilise des techniques très diverses.

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